La puce ouvrière

Correctement géré, cet insecte utile décime l’euphorbe feuillue.

La puce ouvrière

Correctement géré, cet insecte utile décime l’euphorbe feuillue.

Attendre des résultats instantanés peut mener à l’échec d’un excellent outil de gestion agricole. Un tel outil exposé à ce genre de dilemme est l’utilisation de la puce de jardin pour enrayer les infestations persistantes d’une plante adventice redoutable — l’euphorbe feuillue.

Plante vivace aux racines pouvant miner le sol sur 9 mètres et aux bourgeons des racines pouvant produire de nouvelles plantes, l’euphorbe feuillue s’avère un défi de taille.

Avertissement ! Quand David et Terri Kane achetèrent leur ranch en 1988 à deux pas du Wyoming, au sud de Decker, Montana, pratiquement toute cette terre hostile était peinte en jaune redoutable par l’euphorbe feuillue. « Un énorme potentiel existait, mais le défi était intimidant avec l’euphorbe feuillue, l’armoise et la carence d’eau sur la ferme », raconte David.

Ils voulurent d’abord s’attaquer au problème avec les herbicides. La difficulté du terrain nécessitait l’utilisation d’un hélicoptère, au coût exorbitant de 600 $ l’heure. « C’était comme verser notre argent dans un trou, dit il. Et à moins d’un traitement répété aux 4 à 5 ans, tout était à refaire. »

Plusieurs espèces servent en terrain hostile.

Plusieurs espèces servent en terrain hostile.

L’idée d’utiliser la puce de jardin pour réprimer l’euphorbe feuillue fut suggérée aux Kane par le Sheridan County Weed and Pest Board qui les distribuait volontiers aux éleveurs de la région. David en rapporta donc à son ranch, les relâchât dans une infestation d’euphorbe feuillue et les oublia là, continuant à appliquer son programme de pulvérisation d’herbicides sur tout le reste de ses terres.

Résultats lents. Après quatre années de pulvérisation, les Kane remarquèrent que l’euphorbe feuillue avait disparue là où les puces de jardin avaient été libérées, mais elle revenait toujours dans les zones qui avaient été traitées. « Avec les produits chimiques, la plante semble mourir immédiatement mais avec la puce de jardin, c’est l’inverse : elle disparaît lentement, mais pour de bon », dit-il.

La puce de jardin fait de l’excellent travail à enrayer l’euphorbe feuillue non seulement pour les Kane mais pour plusieurs autres. Depuis son introduction au Dakota du Nord, les infestations ont baissé de moitié, rapporte le professeur de phytologie à l’Université North Dakota State, Rod Lym. « Une partie de cette réduction vient aussi des nouvelles options chimiques, mais la puce de jardin a certainement joué un très grand rôle ici. »

La puce de jardin comporte trois stages de croissance, mais c’est sa larve qui fait le plus de ravages. Monsieur Lym explique qu’à l’éclosion des oeufs pondus dans le sol, les larves se nourrissent d’abord des fines racines de l’euphorbe feuillue, puis des plus grosses racines, pour en arriver aux bourgeons des racines — les nouvelles tiges de l’année suivante. « Cela détruit les racines à une profondeur d’environ 15 centimètres, dit-il. La plante n’en meurt pas la première année mais l’infestation diminue. »

C’est précisément le résultat que les Kane ont observé mais ils attribuent leur succès à leur gestion continue de leurs puces de jardin.

« Certains reviennent au conseil en disant que la puce de jardin ne sert à rien, dit M. Kane. La zone de libération a été nettoyée, rien d’autre. Nous avons ainsi réalisé qu’il fallait continuer de répandre la puce de jardin pour obtenir les meilleurs résultats. »

La recherche d’agents de lutte biologique contre l’euphorbe feuillue remonte aux années 1970, portant sur plusieurs insectes viables, dont la puce de jardin d’Eurasie.

La recherche d’agents de lutte biologique contre l’euphorbe feuillue remonte aux années 1970, portant sur plusieurs insectes viables, dont la puce de jardin d’Eurasie.

Dispersion. Pendant le mois de juil­let les Kane passent plusieurs jours à récupérer les populations matures de puces — établies depuis au moins trois ans — avec des filets et à les relâcher dans d’autres zones infestées. Ils ramassent environ 3000 puces par grands contenants en styromousse.

« Nous faisons la collecte fin juin ou début juillet quand il fait chaud mais avant la ponte des oeufs », précise Terri.

Monsieur Lym dit que les puces peuvent voler quand elles ont épuisé leur nourriture mais les Kane considèrent qu’il est plus rapide de les distribuer à la main là où il le faut.

Les terres sablonneuses et sujettes à l’inondation se prêtent mal à l’établissement des puces, n’étant pas propices pour les larves qui amorcent la destruction. Pour de meilleurs résultats, M. Lym recommande de libérer les puces en bordure d’une infestation plutôt qu’en son centre.

« Nous avons complètement éliminé l’euphorbe feuillue de nos systèmes de drainage, dit M. Kane. Et avec le contrôle de l’armoise et le développement de l’eau, nous avons plus que doublé notre productivité. »

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