Poissons et agriculture

Réussite d’un homme à aligner les besoins des poissons et des cultures.

Poissons et agriculture

Réussite d’un homme à aligner les besoins des poissons et des cultures.

Il suffit de 10 minutes à Roger Muggli pour ouvrir les portes d’écluse de son nouvel évitement à poisson en amont du barrage de la rivière Tongue, au nord de Miles City, Montana. Seul pour ce test initial, il surveilla avec grande satisfaction l’eau poussée à travers les vannes et s’acheminant par le sentier qu’il avait construit, contournant le barrage de dérivation et revenant jusqu’à la rivière. Il fut étonné de voir un grand brochet et deux dorés passer par-dessus le tablier de béton pour arriver à la rivière. Il s’agissait des trois premiers poissons à traverser ce point depuis 125 ans.

« Avec toutes les disputes à savoir si cela allait fonctionner ou pas, j’en avais presque oublié pourquoi j’étais là, dit l’agriculteur de quatrième génération. Merveilleux. J’ai ouvert les portes et le poisson arriva. »

Les opposants disaient qu’après 125 ans, le poisson aurait oublié son désir de frayer en amont. Ils avaient tort. Avant son intervention, les populations en haut du barrage avaient dépéri à quatre espèces alors qu’il y en avait 46 en aval. « Nous avons observé toutes ces espèces, saufs trois, utilisant la dérivation », dit M. Muggli.

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Impression durable. La passion qui a donné naissance à ce projet remonte à 1956 quand, encore tout jeune, il aidait son père à irriguer les champs de luzerne. Alors qu’ils ouvraient les vannes pour inonder les champs, le poisson arrivait avec l’eau. Cela le dérangeait et il en ramassait le plus possible avec un seau et partait à bicyclette pour aller les déposer dans la rivière Yellowstone.

« Nous étions près de la fin du canal et pouvions voir plus de poissons que les autres, indique-t-il. Après avoir vu un achigan énorme frôler la mort avant que je puisse le réchapper, je savais que je devais absolument faire quelque chose. »

Il était alors impuissant, mais 30 ans plus tard, il n’avait pas oublié la leçon de l’achigan. En devenant la troisième génération de sa famille à prendre la tête comme directeur du Tongue and Yellowstone Irrigation District, il put enfin y remédier.

En 1989, il organisa une réunion au
barrage attirant 11 agences et groupes.
Les participants démontrèrent un intérêt proactif pour remédier à la situation. « J’étais exposé à beaucoup de perspectives sur la façon de remédier au problème et l’argent arrivera. En moins de 6 mois, les groupes avaient engagé plus de 700 000 $ au projet », dit Monsieur Muggli.

Ingéniosité. Voulant économiser le plus possible, M. Muggli se fit donc entrepreneur général, effectuant le gros du travail et solutionnant lui-même les problèmes — ce dont il avait l’habitude puisque sa famille possède et exploite la plus grande usine de boulettes au Montana.

Il s’orienta vers un système de lamelles pour éloigner le poisson de l’entrée du canal. L’eau arrive à la porte d’amont du barrage et traverse 27 mè-tres de barres métalliques verticales si-tuées en angle à un écartement 2,5 cm.

« Leur inclinaison crée de légers tourbillons, produisant un son et une sensation que les poissons n’aiment pas. Ils restent de l’autre côté et sont ramenés à la rivière », dit-il. Les fonds se sont raréfiés mais faisant preuve d’ingéniosité, Monsieur Muggli réu-tilisa du vieux matériel d’ouverture de porte et un autre provenant d’un projet d’irriga-tion abandonné, écono-misant 5000 $ pièce, et recyclera de grosses portes d’acier inoxydable provenant de silo à missile nucléaire.

Boucle complète. Le système fut terminé en 1997 et le poisson contournait le canal en toute sécurité, mais Monsieur Muggli n’avait pas terminé. En 1998, il commença l’évitement en amont de 180 mètres pour restaurer le mouvement des poissons vers le haut de la rivière Tongue. Terminé en 2010, le projet de plus de 20 ans fut couronné de succès en permettant poissons de nager librement.

« Pas besoin de me féliciter. Si l’on prend l’eau de la rivière, on a une responsabilité envers cette rivière et son écosystème, dit-il. Je n’avais pas le choix, il fallait le faire. »

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