Second Choix

Ils luttent contre le gaspillage d’aliments en offrant des légumes moins que parfaits

Second Choix

Ils luttent contre le gaspillage d’aliments en offrant des légumes moins que parfaits

Les fruits et légumes laids ont enfin droit au respect. Une carotte fourchue est peut-être aussi bonne et nutritive qu’une carotte normale, mais les consommateurs se refusaient à l’acheter, jusqu’ici.

Toutefois, le géant de l’épicerie Inter­marché a eu tant de succès à vendre ses produits d’aspect étrange grâce à sa campagne des fruits et légumes moches que les chaînes d’Europe, du Canada et des États-Unis emboîtèrent le pas. Un certain nombre de compagnies offrent maintenant leurs propres gammes de produits imparfaits.

La compagnie Loblaws a présenté en mars 2015 les pommes de terre et les pommes sans nomMD Naturellement imparfaitsMC. Leur succès fut tel que la compagnie y ajouta en 2016 les poivrons, les oignons, les poires, les carottes et les champignons. Dans un communiqué en marge du lancement, la compagnie a déclaré qu’en offrant cette gamme à 30 % de rabais par rapport aux variétés normales, elle facilitait l’accès aux fruits et légumes frais à des prix abordables. Bien que plus petits ou légèrement difformes, ces aliments ont pourtant le même bon goût que les variétés normales de fruits et légumes.

Mêmes avantages. « Quand il s’agit de fruits et légumes, les Canadiens savent voir au-delà des apparences, dit Ian Gordon, premier vice-prési­dent, marques Loblaw, Les Compagnies Loblaw Limitée. Nos clients reconnaissent qu’ils obtiennent la même saveur et les mêmes avantages nutritifs. La réaction positive à notre offre initiale de pommes et de pommes de terre a démontré le besoin d’étendre la gamme sans nom Naturellement imparfaits et d’offrir aux familles canadiennes plus de choix à un prix avantageux. »

Les grandes chaînes d’épicerie ont réagi aux inquiétudes des consommateurs sur le gaspillage d’aliments en offrant leurs propres gammes de produits de second choix.

Les grandes chaînes d’épicerie ont réagi aux inquiétudes des consommateurs sur le gaspillage d’aliments en offrant leurs propres gammes de produits de second choix.

« J’aime vraiment ce programme car il aide à changer l’opinion publique au sujet des aliments soi-disant acceptables », dit Ron Gleason de Hillside Gardens, un producteur de carottes, oignons, céleri et chou-fleur de Bradford, Ontario et Reidsville, Georgie, qui vend certains de ses oignons et carottes sous le programme de Loblaws. « Je pense que c’est un programme socialement et environnementalement responsable qui change le paradigme de notre perception des aliments. Nous les avons méprisés bien trop longtemps. Nous jetons beaucoup de bons produits que les gens de tant d’autres pays seraient heureux de garder et manger. »

Moche, mais bon. Il est paradoxal qu’en dépit des efforts pour produire suffisamment d’aliments pour nourrir neuf milliards de personnes en 2050, de vastes quantités d’aliments sont jetées chaque année. On estime que de 20 à 40 % des fruits et légumes récoltés chaque année sont jetés en raison de leur forme ou de leur taille hors norme. Les consommateurs ont été conditionnés à n’acheter que des produits parfaits. Les opinions sont si ancrées qu’il est difficile de convaincre les gens que les produits moches goûtent aussi bon. Mais cette perspective commence enfin à changer.

Selon M. Gleason, le programme semble toucher une corde sensible auprès de la génération des milléniaux. Leur motivation d’acheter les produits n’est pas tant le bas prix que le désir de faire preuve de responsabilité sociale. Ils aiment vraiment l’idée de pouvoir consommer un produit qui aurait autrement été mis au rebut.

À une époque, Hillside Gardens éliminait de 25 à 35 % de toutes les carottes qu’elle cultivait, dit M. Gleason. Comme ils cultivent plus de 400 hectares de carottes dans les deux pays, cela représente 5000 boisseaux par hectare ! Ils jetaient plus de 30 000 boisseaux, soit 40 camions de carottes chaque année. En ajoutant le programme de carottes coupées à valeur ajoutée et la gamme Naturellement imparfaits de Loblaw, ils ont pu réduire de moitié tout ce gaspillage.

Leurs lignes d’emballage de carottes ont maintenant trois branches : catégorie un, catégorie deux et rebut, explique M. Gleason. Les carottes de catégorie un sont droites et entières, selon les attentes traditionnelles. Celles de catégorie deux sont crochues, fourchues, difformes ou légèrement fendues et sont vendues sous diverses marques d’imperfections naturelles. Les carottes de rebut ne sont destinées qu’à l’alimentation animale en raison de leur détérioration ou de leur endommagement par les insectes.

Monsieur Gleason dit qu’il essaie toujours de maximiser la production de la catégorie un qui est leur plus grande source de profit. Le fait d’avoir les nouveaux débouchés est toutefois un développement fort intéressant.

« Les marchés d’imperfections naturelles n’ont pas de marges de profits très élevées ; il ne s’agirait pas à eux seuls de produits suffisamment rentables, dit-il, mais si vous pouvez survivre avec votre produit de première qualité alors que vous jetiez ceux de seconde qualité, comme nous le faisions essentiellement, ces marchés secondaires fournissent alors un flux de revenus supplémentaires qui viennent arrondir votre chiffre d’affaires. »

“Our customers recognize that they get the same flavour and nutritional benefits in spite of appearances."

“Our customers recognize that they get the same flavour and nutritional benefits in spite of appearances.”

L’ouverture de marchés pour les carottes de catégorie deux a même eu un impact positif sur le prix pour les carottes servant à l’alimentation animale. Autrefois, M. Gleason vendait toutes ses carottes difformes aux fermes d’élevage de chevaux et de bétail pour à peine 5 $ la demi-tonne. Maintenant que l’approvisionnement a diminué, la demande a poussé le prix à 20 $.

Hillside Gardens avait déjà développé des programmes à valeur ajoutée pour ses produits de seconde qualité avant l’arrivée du programme de Loblaws et celui-ci n’a pas eu autant d’impact sur leur opération, dit M. Gleason. Toutefois, beaucoup d’autres producteurs ne l’avaient pas fait et cela les a aidés à vendre leurs produits de catégorie deux.

Nouveaux consommateurs. « J’aime ce programme, bien que certains s’inquiètent qu’il va cannibaliser les ventes de catégorie un, dit M. Gleason. Mais je pense qu’en offrant un prix très abordable, beaucoup plus de gens mangeront des carottes. Et après s’y être habitués, il est à espérer qu’ils incluront les carottes sur leur liste d’emplettes habituelles. »

Du simple point de vue des relations publiques, le programme a remporté un succès fou, dit M. Gleason. Il a reçu plusieurs commentaires positifs à son sujet. Loblaws a refusé de fournir des chiffres spécifiques pour des raisons de concurrence, mais a émis un communiqué déclarant être très satisfaite de la réaction des clients. En fait, la réaction fut telle que les chaînes d’épicerie avaient du mal à garder leurs tablettes garnies. Les approvisionnements sont limités et quand les produits arrivent au magasin, ils disparaissent en un rien de temps.

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