Surplus Insuffisant

Malgré une production record, le monde est en manque de vivres.

Surplus Insuffisant

Malgré une production record, le monde est en manque de vivres.

Une nouvelle chaîne de montagnes se dresse dans le grenier de l’univers résultant des surplus de blé et de maïs mis en entreposage temporaire. La nature a fourni des conditions presque parfaites en 2016, produisant une récolte à faire craquer les silos.

Les moissons records projetées de maïs et de soja — et les trois grands produits de base (maïs, soja, blé) atteignant un nouveau sommet moyen — sont aux antipodes de la sécheresse de 2012. De pair avec la clémence récente du temps sur la plus grande partie du globe, les craintes de rareté et de hausse des prix ont cédé place à la surproduction et à la baisse des prix des denrées de base.

Carence. Un tel revirement semble favorable alors que l’agriculture s’apprête à nourrir plus de 9 milliards de personnes en 2050. Mais selon la Global Harvest Initiative, la cadence de la productivité agricole ne suffira pas à répondre à la demande.

L’indice GAP signale un déficit entre la productivité et la demande.

L’indice GAP signale un déficit entre la productivité et la demande.

« Pour la troisième année consécutive, la croissance de la productivité agricole globale a manqué sa cible, dit Margaret Zeigler, directrice exécutive de GHI. À moins d’inverser la tendance, le monde ne pourra peut-être pas subvenir aux besoin en vivres, fibres et biocarburants d’une population en explosion », dit-elle.

GHI a publié l’automne dernier son rapport annuel GAP (productivité agricole globale) en conjonction avec les festivités World Food Prize à Des Moines, Iowa. L’évaluation annuelle de l’organisation de la croissance de la productivité agricole globale (l’indice GAP) établit le taux annuel de croissance à 1,73 %. Selon GHI, les agriculteurs doivent le pousser à 1,75 % pour satisfaire aux besoins vivriers de l’avenir. L’indice est figé à 1,3 % dans les pays à faible revenu.

Les montagnes de grain servent de dos d’âne métaphorique dans la ruée pour doubler la production en 2050. GHI est soutenu par un consortium d’agroentreprises (incluant John Deere), et ses directeurs ont suggéré un regard plus contemplatif au cycle agricole global pour son septième rapport annuel. Ce rapport, Sustainability in an Uncertain Season, étudie l’alternance des hauts et des bas et souligne cinq grands objectifs de politiques publiques pour stimuler la productivité agricole.

Madame Zeigler a partagé une lettre d’un producteur de l’Iowa sur les défis du cycle agricole actuel. « La sécurité alimentaire commence par soi-même, écrit-il. Je ne peux pas donner gratuitement mon maïs et mes sultures. Pour survivre de nos jours, une entreprise doit être rentable. »

Selon Margaret Zeigler, le public doit appuyer l’agriculture pour l’investissement en R&D.

Selon Margaret Zeigler, le public doit appuyer l’agriculture pour l’investissement en R&D.

Lors d’un forum en marge du rapport GAP, les conférenciers ont signalé que le défi de nourrir le monde dépasse le simple ajout de tonnes additionnelles de grain. Bonnie McClafferty de la Global Alliance for Improved Nutrition a présenté des statistiques alarmantes—comme le fait qu’une personne sur trois est mal nourrie, et que 45 % des morts infantiles sous l’âge de 5 ans sont attribuées à la malnutrition—comme évidence que le système alimentaire global actuel va à la dérive. « Le système alimentaire échoue en raison de la faible qualité de la diète que nous produisons dans le secteur agricole, dit-elle. Il nous faut penser à ce que nous produisons et à la façon dont les gens accèdent à ces aliments. La productivité pour la productivité ne nous mènera pas là où nous devons aller. »

Investissement requis. Keith Fuglie, économiste du USDA Economic Research Service, dit que la recherche soutenue et l’investissement dans le développement sont la clé de la productivité agricole future.

« Le rapport GAP montre à quel point l’agriculture est devenue dépendante de l’innovation, dit-il. C’est unique à l’agriculture. Dans l’ensemble de l’économie, le tiers de la croissance vient de l’amélioration de la productivité du facteur total. Le reste, de la main-d’oeuvre additionnelle et du capital employé dans ces industries. »

La productivité du facteur total est une mesure de l’efficacité, extirpant plus de rendement des mêmes intrants. « En agriculture, c’est la productivité avant tout, poursuit M. Fuglie. C’est ainsi depuis un demi-siècle aux USA et de plus en plus dans le reste du monde. Les investissements en R&D vont maintenant déterminer le degré de réussite de la productivité agricole des une ou deux prochaines décennies. L’innovation devra couler à flots en raison du retard considérable de son effet bénéfique à parvenir à la ferme. »

GHI voit les investissements du secteur public dans la R&D agricole comme une partie de la solution. Le rapport GAP et ses propositions sont présentés sur globalharvestinitiative.org.

« Nous croyons aux solutions, dit Mme Zeigler. L’agriculture exige un engagement à long terme aux politiques, investissements et technologies nécessaires. Il s’agit de bâtir la résilience pour assurer la viabilité du secteur économique et de la ressource naturelle. »

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