Un don d’espoir

Des producteurs se font glaneurs en voulant apaiser la faim.

Un don d’espoir

Des producteurs se font glaneurs en voulant apaiser la faim.

Carl Hills donne ses instructions à quatre bénévoles arrivant à son verger de 73 hectares, Kimball Fruit Farm, à Pepperell, Massachusetts, pour cueillir les surplus de pommes pour les banques alimentaires de Boston. Cette pratique du glanage pour nourrir les défavorisés remonte à l’époque biblique.

« C’est surtout une question de main-d’oeuvre et de coût, explique-t-il. Je pourrais cueillir le produit, l’emballer et payer une commission à un type de Boston qui me donnerait moins de rien. C’est une décision d’affaires. »

Pour lui, c’est aussi une question d’éthique. Il est le plus important donateur pour Boston Area Gleaners (BAG) des six dernières années, laissant les bénévoles du groupe ramasser plus de 32 000 kilos de produits en 2015. Il fut l’un des premiers coopérateurs avec Oakes Plimpton, qui a fondé BAG en 2004.

« Plutôt que de jeter la nourriture, je pourrais très bien la donner à quelqu’un, dit M. Hills. Dix ou 15 ans plus tard, ces types sont arrivés et ont ajouté l’aspect professionnel. »

Fournir le service. Laurie “Duck” Caldwell, directrice de Boston Area Gleaners, dit que le succès de l’organisme s’appuie sur le professionnalisme. « Nous créons des relations avec les producteurs en nous appuyant sur le fait que nous fournissons un service, précise-t-elle. Et ce faisant, nous allons le fournir de la façon la plus professionnelle possible. »

Dylan Frazier (à d.) de Boston Area Gleaners dirige une équipe de glaneurs.

Dylan Frazier (à d.) de Boston Area Gleaners dirige une équipe de glaneurs.

Le glanage de BAG aide à éliminer les surplus des champs, des remises et des installations frigorifiques, et peut même favoriser la productivité des champs durant les cycles de ralentissement du marché, dit-elle.

« Si un producteur utilise bien les services de glanage, dit-elle, non seulement est-il reconnu pour la donation mais il protège aussi ses plantes contre la maladie par ce qu’elle appelle la maintenance d’été par le glanage. Une fois que le prix de gros est rétabli, il se trouve en meilleure position. »

L’opération de glanage doit porter sur le producteur, fait remarquer Dylan Frazier, coordonnateur des producteurs et des 1500 bénévoles de BAG. Pour avoir de bonnes relations, il est nécessaire d’avoir un plan pour stationner, marcher dans les champs, et respecter la propriété des producteurs et la sécurité alimentaire. Le lien critique est de s’assurer que chaque kilo de nourriture glanée est distribué efficacement aux diverses agences. Toutes ne peuvent pas nécessairement recevoir des tonnes de produits frais.

Monsieur Frazier et le directeur de la distribution, Matt Crawford, demeurent parfaitement au diapason de ce qui est glané et distribué.

« Le produit a une destination avant même d’être cueilli », dit M. Frazier.

Haute qualité. En 2015, BAG a glané environ 165 000 kilos de produits de haute qualité mais sans marché.

« Nous visons la qualité, explique M. Caldwell. Ce n’est pas un produit inférieur mais de surplus. Nous disons aux glaneurs de cueillir ce qu’ils mangeraient eux-mêmes. Il y a un important facteur de dignité pour les personnes qui utilisent les banques. »

Dans la capitale de l’Oregon, la dignité s’étend au glanage lui-même.

Dick Yates, président de Salem Harvest, dit que sa politique de donner aux glaneurs la moitié de ce qu’ils glanent motive énormément les bénévoles. « Les gens qui iraient autrement s’approvisionner à la banque alimentaire peuvent eux-mêmes cueillir et donner, ce qui change leur perspective psychologique et contribue à leur enthousiasme », souligne-t-il.

Salem Harvest a commencé il y a sept ans avec quelques voisins glanant leurs jardins. Aujourd’hui, M. Yates coordonne 2500 bénévoles à l’aide de son logiciel GleanWeb ; il l’offre aussi à d’autres groupes de glaneurs pour faciliter les horaires, la cueillette et même les exonérations de responsabilité.

Bonnes affaires. Les craintes sur la responsabilité découragent plusieurs à travailler avec les glaneurs, mais selon les experts, le risque est bas.

Steve Violette, propriétaire de Dick’s Market Garden à Luneburg, Massachusetts, travaille avec BAG depuis le début. En 2015, il a donné à BAG 15 000 kilos de fruits et légumes — les glaneurs font la cueillette en été et trient les surplus de produits non vendus durant l’hiver. Il dit se sentir en confort à accueillir les glaneurs.

« Nous sommes déjà ouverts au public, souligne M. Violette. Nous n’avons pas d’auto-cueillette mais les clients peuvent explorer la ferme et la porte est déjà ouverte. »

En plus de sa propre assurance, M. Violette et d’autres producteurs sont couverts par la loi Emerson de 1996 qui protège les donateurs, glaneurs et agences alimentaires contre la responsabilité criminelle et civile touchant les donations. Il existe aussi d’autres lois dans divers États.

Le glanage est possible toute l’année dans les fermes diversifiées.

Le glanage est possible toute l’année dans les fermes diversifiées.

Le projet Vermont Law School’s National Gleaning fournit une revue des lois sur la responsabilité — et des détails sur une nouvelle déduction fiscale maximale de 25 % de la valeur marchande du produit offert sur le site nationalgleaningproject.org.

Différentes échelles. « Le glanage est possible à plusieurs niveaux différents, fait remarquer M. Caldwell qui agit comme consultant en développement de groupes de glanages. Une église peut s’associer à un producteur local pour approvisionner sa banque alimentaire. Ou ce peut être un voisin qui aide un voisin dans le besoin. Ou bien encore un organisme de la taille de Boston Area Gleaners. »

Les producteurs peuvent contacter les organismes existants ou s’associer à une banque alimentaire locale. La Society of St. Andrew est un bon départ dans plusieurs états — le groupe compte déjà environ 33 000 glaneurs dans son réseau qui se ramifie sur 14 états.

Mike Hickcox, son directeur des com­munications, dit que les producteurs peuvent contacter n’importe quelle filiale pour une donation. S’il n’existe pas de groupe dans la région, la société peut aider à la créer. Son site endhunger.org offre des conseils et un échéancier détaillé pour organiser un projet local de glanage.

Les programmes de glanage efficaces fonctionnent comme des organismes de marketing plutôt que de dons.
Comptabiliser le coût du transport en fait partie — les bénévoles de Society of St. Andrew absorbent la facture d’essence pour livrer les produits tandis que BAG prend 5 $ la caisse pour couvrir la livraison et les frais généraux. Et les produits doivent aller à ceux qui peuvent les utiliser — Crawford de BAG envoie le bok choy aux clients d’origine asiatiques et réserve la courge Hubbard aux familles jamaïcaines.

Ce jour d’automne, Carl Hills sourit en observant les glaneurs à l’oeuvre. Il les a invités avant de fermer un carré de pommes pour l’hiver.

« Autrefois, on aurait tout fauché et enterré, dit M. Hills. Maintenant, il suffit d’appeler Dylan. »

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